B. Le regard du monde sur les amputés

Toute amputation produit de la violence car elle crée une situation «extrême». Cette violence, extérieure au patient, remet en cause des capacités d’intégration psychique, son sentiment d’identité et d’appartenance. Elle a des effets sur tous, malades, entourage, soignants. Des sentiments très forts émergent : fascination, horreur, pitié, culpabilité, peur, sentiment d’impuissance et tentative de «sauver» le patient à tout prix au delà des limites du possible. Ainsi l’amputation du membre inférieur s’apparente à une double peine avec d’une part, la blessure, la souffrance physique et morale, et d’autre part, le regard porté par la société, entre surprotection, indifférence et mépris.

 L’image de soi est profondément modifiée donc l’amour de soi peut l’être aussi. Le risque est de ne plus être un individu mais un «amputé» ! Comme si l’atteinte l’emportait sur la personne. Ce regard que nous portons sur le handicap amplifie cette souffrance et peut provoquer des sentiments de culpabilité, des situations de repli sur soi, d’isolement, mais aussi une absence de prise de responsabilité ou de risque. Par exemple, lorsque son entourage parle d’une personne amputée, c’est le plus souvent en termes d’organisation matérielle de la vie : insertion sociale, appareillages, rééducations, emploi du temps. Ainsi, le besoin d’aide pour les actes quotidiens peut dénaturer les relations et les échanges avec l’entourage. La pitié peut remplacer l’amour, quand l’autre ne devient plus qu’un objet de soins. La dépendance peut entraîner de la part de l’entourage une réelle infantilisation de la personne handicapée : on pense pour elle, on parle pour elle, on fait à sa place... Le manque de reconnaissance de soi dans une relation de dépendance physique et une image de soi dégradée peuvent donc amener les personnes handicapées à une perte d’identité, mais aussi au rejet des autres, ou à l’expression d’un découragement de ne pouvoir faire ou réaliser leurs projets. En effet, toute personne a besoin de se projeter dans l’avenir, de réaliser quelque chose, or vivre avec un handicap nécessite des efforts constants pour se déplacer, et agir... Tout projet envisagé par une personne amputée se heurte à une multitude d’obstacles financiers, matériels et humains supplémentaires et demande pour aboutir plus de volonté, de dépassement. L’identité et l’image de soi se construisent alors dans ce dépassement de soi.

 Le regard que nous porte la société nous définit car il nous situe vis à vis de la norme. Ainsi, toutes les personnes atteintes dans leur intégrité physique disent souffrir davantage du regard posé sur eux que de leur propre image. Le handicap révèle une différence qui, malgré l’évolution des mentalités peut engendrer l’exclusion. Ainsi les personnes présentant une déformation ou une impossibilité physique vivent depuis de nombreuses années dans l’ombre de la vie. Le mot «handicapé» fait honte aux uns et peur aux autres. En effet, des réactions d’angoisse et de gêne à la vue du handicap sont les plus courantes. De cette première impression «troublante» naît un sentiment de culpabilité. Il n’y a dans cette forme de refoulement rien de malsain; il traduit juste notre fonctionnement psychologique, c’est-à-dire à rechercher l’identique et à fuir la différence. Cependant il faut admettre que la société a évolué dans sa capacité à accepter ce qui est perçu comme différent. Cette évolution dans notre rapport à «l’autre» nous a permis de dépasser le simple stade du rejet le plus absolu, si bien qu’aujourd’hui la principale difficulté lorsqu’on l’on se trouve confronté à une personne handicapée, se situe pour la plupart d’entre nous dans le «comment se comporter».

Ainsi les amputés se définissent de manière récurrente comme des personnes à la fois normales mais différentes. La personne amputée est confrontée tous les jours à sa différence, à sa réalité et ce à cause du regard de la société.

pirate amputé regard de soi

Le regard du monde sur les amputés peut être difficile à supporter pour les handicapés, mais nous verrons que le progrès leur permet de posséder désormais la plupart des fonctions humaines. Nous pouvons donc nous demander si nous nous dirigeons vers une robotisation de l’homme.

 

 

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